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AB = Agriculture Bio ou Agro Business

Agriculture Biologique
Agro Business

Agriculture Biologique et Agro Business en Arboriculture

Devant les pressions économiques, politiques, industrielles, écologiques, l'arboriculture fruitière biologique d'aujourd'hui se tourne vers une bio à 2 vitesses : une bio dite « classique » produite par des producteurs locaux sur de petites exploitations et une bio dite « industrielle » produite sur de grosses exploitations qui ont souvent une double activité : bio et chimique.
Il est important d'informer les consommateurs que le bio « pas cher » sera obligatoirement produit de façon intensive. Une pomme bio d'un verger bio « classique », c'est 500 à 1000 arbres/ha pour 15 à 30 tonnes/ha de production. Un verger bio « industriel », c'est 2000 à 3000 arbres/ha pour 60 à 80 tonnes/ha produites. Les prix à la vente n'ont plus alors qu'à parler !
Alors que nous parlons de la loi sur l'eau et de la protection de nos nappes, ces vergers, par leur forte densité arbres/ha, demandent des arrosages très importants. Et que dire des traitements effectués sur ces pommes bio « industrielles », qui peuvent avoisiner les 90 passages/an ! Certes les produits utilisés sont en règle puisqu'ils sont autorisés au cahier des charges bio, mais est-ce vraiment cette agriculture biologique-là que nous souhaitons voir demain ? C'est à mon sens une catastrophe écologique (traitements massifs, pesticides utilisés, etc.) et économique puisqu'elle va à l'encontre des producteurs bio normaux, des petits producteurs locaux conventionnels et des producteurs en agriculture raisonnée.
Aujourd'hui le bio est devenu une niche commerciale et certains producteurs conventionnels l'ont bien compris. Ces derniers étaient les premiers à critiquer la bio en disant que c'était l'arnaque du siècle, et maintenant ce sont les mêmes qui produisent des fruits bio à pas cher, en prenant nos consommateurs pour des imbéciles. Il y a 3 ou 4 ans, on pensait que les producteurs ne pouvaient pas s'installer en verger bio faute de moyens techniques suffisants et maintenant voilà que nous pourrions presque tous être agriculteur bio ? Que nous cache-t-on ? Serions-nous plus laxistes sur les exigences et la réglementation bio ? Qu'importe l'éthique et l'âme de paysan, la méthode est simplement financière pour atteindre les 20% de bio d'ici 2012. Ces fruits bio seront essentiellement destinés aux grandes surfaces et aux collectivités locales (cantines scolaires, centres aérés, résidences pour personnes âgées...). A quand sur nos étals des pommes bio calibrées, de la même coloration, avec un sticker/fruits, filmées sous plastique et en barquette 6 fruits ! Pour berner le client, rien de plus facile que de se donner une belle image en utilisant la naïveté et l'innocence de l'enfance ; je pense notamment à une pomme qui utilise comme logo une « petite fille ». Le marketing et le manque de transparence à l'égard des consommateurs sur nos méthodes de productions nous fait perdre leur confiance. Ainsi pour ne pas perdre la face, nous nous cachons derrière des logos, des labels, des noms chocs comme « fermier », « naturel », « paysan », etc. et des images comme celle d'une coccinelle, d'une fleur, d'une main tendue, etc. Mais la confiance entre producteurs et consommateurs ne se gagne pas seulement par le « paraître », c'est avant tout affaire de sincérité et de vérité.
L'ensemble de nos organismes certificateurs comme Ecocert, Qualité France... profitent de cette ascension bio pour gagner plus d'argent puisqu'ils sont rémunérés à la surface bio ou en conversion. En contribuant à l'augmentation de ces productions de fruits bio industriels, ces organismes collaborent directement avec cette agriculture du Biobusiness. Mais, plus grave encore, sur ces vergers les contrôles sont surtout administratifs et les analyses de résidus de pesticides sont rarement effectués. Tout ceci est encore une fois un problème financier car ce type d'analyse est très coûteuse pour l'état et va à l'encontre des objectifs du Grenelle de l'environnement. Aujourd'hui, si nous devions faire des analyses sérieuses sur ces exploitations, et surtout sur celles à double activité, nous aurions certainement de belles surprises ! Pour être AB, ces exploitations devraient subir chaque année des analyses de pesticides et des analyses de sols. Enfin et pour sauver la véritable Arboriculture Biologique, j'appelle AgroBio Poitou-Charentes et nos associations bio (Biosèvres, Gab17, Mab16 et Vienne Agrobio) à soutenir et défendre la vraie agriculture biologique : l'agriculture paysanne que l'on pratiquait autrefois et non cette agriculture du bio business. En cautionnant ce type d'AB, nous détruirons ce que l'on a construit et discréditerons notre éthique. Est-ce sincèrement ces entreprises qui représenteront l'Agriculture Biologique de demain ? Je ne l'espère pas. Soyons responsable par le coeur et non par intérêt?
En conclusion, pour guider au mieux nos consommateurs, je leur conseille d'abord de se tourner vers des productions locales comme la vente directe à la ferme, les marchés de producteurs, les AMAP, etc. Ensuite, et pour ne pas se tromper sur la bio de demain, il faut savoir que certains labels sont de qualité et assure une alimentation de producteur 100% Bio, comme les labels « Biocohérence », Nature&Progrès et Déméter en Biodynamie, qui ont des cahiers des charges très stricts, avec un volet éthique et social. Pour finir, je les invite surtout à visiter les fermes ; c'est de cette façon que la confiance s'installera entre eux et producteurs et qu'ils s'apprivoiseront comme le Petit Prince et le renard.

Benoît Piron, Technicien et Consultant en Arboriculture Biologique : Arbo-Bio-Conseils



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